Medusa
     

Medusa

C'est à Athènes que cette série est née avec le récit brutal de la naissance d'Athéna* qui m'a accompagné tout au long de mon passage sur place. Entre Exarchia et le quartier situé autour de la place d’Omonia, cet épisode mythologique se met alors à résonner en moi. La puissance d'Athéna jaillissant du crâne de son père en brandissant épée et bouclier me captive. Elle trouve écho dans chacune des rues traversées, dans mon approche photographique mais aussi dans mon parcours personnel. C'est une urgence presque belliqueuse de vie, de survie, de contestation, d'affirmation. C'est dans cet esprit qu'est né ce travail.
C'est une série monde, avec comme principal dénominateur commun, la rue. Ma pratique photographique est étroitement liée à la ville et à la rue. C'est ici que je trouve toute la matière dont j'ai besoin pour m'exprimer. J'aime l'idée de travailler à partir de ce qui est accessible et visible par tout un chacun.
Dans ce corpus polysémique, complexe et mouvant s'entrechoquent couleurs et matières, lignes et visages, signifiés et signifiants au sein d'une cartographie mentale dynamique et personnelle. Le mythe de la Méduse, étroitement lié à celui d'Athéna, est très riche. Il parle notamment du pouvoir du regard, du simulacre, de la vanité, du narcissisme ou du désir de voir. J'aime cette image de la Méduse qui agite ses serpents sur son crâne comme autant de pistes de sens possibles: métaphorique, horrifique, ironique, iconique, elliptique, plastique ou métaphysique. C'est ainsi que j'envisage aujourd'hui mon travail: comme un va-et-vient incessant entre ces différents niveaux d’interprétation.
Des cierges à peine consumés et déjà jetés, des dessins énigmatiques, une cicatrice traversant le dos d'un crâne, un bras gisant dans des excréments d'oiseaux, des regards sonnés, hypnotiques ou défiants, des corps malmenés. Ces photos sont des images existantes de manière latente dans mon cerveau et qui ont trouvé à se projeter à un moment donné, à un endroit donné pour être incarnées physiquement. Je crois en la capacité des images à représenter de manière très simple une pensée beaucoup plus complexe.
Je saisis ces fragments de réalité et les recompose dans un nouvel ensemble qui, comme dans le mythe de la Méduse, forme mon miroir de vérité. Un miroir que chacun est libre de saisir à son tour et de s'y laisser refléter à l'envi.

* «Athena est la fille de Zeus et de Métis, déesse de la raison, de la prudence, de la stratégie militaire et de la sagesse. Ouranos, le Ciel étoilé, prévient Zeus qu'un fils né de Métis lui prendrait son trône (car il est le roi des dieux). Par conséquent, dès qu'il apprend que Métis est enceinte, Zeus prend le parti de l'avaler. Mais quelques mois plus tard, il ressent de terribles maux de tête sur les bords du lac Triton. Il demande alors à Héphaïstos de lui ouvrir le crâne d'un coup de hache, pour le libérer de ce mal: c'est ainsi qu'Athena jaillit, brandissant sa lance et son bouclier, de la tête de Zeus, en poussant un puissant cri de guerre.»