Medusa
     
Medusa
C'est à Athènes que cette série est née avec ce récit de la naissance d'Athena* qui m’a accompagné tout au long de mon passage sur place. L'urgence et la puissance d'Athena jaillissant du crâne de son père me captivait. C'est cette même urgence brutale que je ressentais lors de mes errances entre Exarchia (quartier anarchiste et contestataire d'Athènes ou se côtoient lieux autogérés, étudiants, demandeurs d'asile, dealers mais actuellement lieu de répression et de gentrification) et le quartier situé autour de la place d’Omonia (où l'on croise une forte communauté indo-pakistanaise mais aussi lieu de prostitution, de deal et de shoot à ciel ouvert). Urgence de vie, de survie, de contestation et d'affirmation. Ce mythe résonnait en moi et semblait trouver écho dans chacune des rues traversées.
Il m'apparaissait également de plus en plus clairement que je cherchais à isoler des fragments de réalité, les prendre à la gorge, ne pas les laisser émerger et disparaître dans un même mouvement.
Les percer.
Les séparer.
Et les faire jaillir dans un nouvel ensemble pour former symboliquement, à l'image des adversaires d'Athena fixant son bouclier à tête de Méduse, mon miroir de vérité.
J'ai commencé alors à réunir plusieurs projets, réalisés dans différents endroits. La série monde qui résulte de cette recomposition est de partout et de nulle part. Elle est dense et chaotique. Elle résiste à toute tentative d'interprétation univoque. Telle la Méduse, elle agite ses serpents comme autant de pistes de sens: métaphorique, horrifique, emblématique, ironique, iconique, elliptique, plastique, métaphysique ou anecdotique. Des cierges à peine consumés et déjà jetés, un ange, une mitraillette automatique portée en pendentif, un masque grossier en latex d'Hitler, de l'urine dégoulinant le long d'un trottoir, une prothèse de jambe, des dessins naïfs sur les piliers d'une cité de béton, de petits crapauds imberbes, une toile d'araignée prise dans le givre, un bras gisant dans des excréments d'oiseaux, des regards sonnés, hypnotiques ou défiants, des pieds sales et souffrants, des mains qui refusent et d'autres qui accueillent. La rue...diffractée en un corpus polysémique, complexe et mouvant où s'entrechoquent couleurs et matières, lignes et visages, signifiés et signifiants au sein d'une cartographie mentale dynamique et personnelle.

* «Athena est la fille de Zeus et de Métis, déesse de la raison, de la prudence, de la stratégie militaire et de la sagesse. Ouranos, le Ciel étoilé, prévient Zeus qu'un fils né de Métis lui prendrait son trône (car il est le roi des dieux). Par conséquent, dès qu'il apprend que Métis est enceinte, Zeus prend le parti de l'avaler. Mais quelques mois plus tard, il ressent de terribles maux de tête sur les bords du lac Triton. Il demande alors à Héphaïstos de lui ouvrir le crâne d'un coup de hache, pour le libérer de ce mal: c'est ainsi qu'Athena jaillit, brandissant sa lance et son bouclier, de la tête de Zeus, en poussant un puissant cri de guerre.»
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