Medusa
     
Medusa
C'est à Athènes que cette série est née avec ce récit de la naissance d'Athéna* qui m’a accompagné tout au long de mon voyage et qui ne me quitte plus depuis. L'urgence et la puissance d'Athéna jaillissant du crâne de son père me captive. Ce mythe résonne en moi et semble rétrospectivement trouver écho dans chacune des rues traversées de chacune des villes parcourues jusqu'alors. Urgence de vie, de survie, de contestation et d'affirmation.
Je cherche à isoler des fragments de réalité, les prendre à la gorge, ne pas les laisser émerger et disparaître dans un même mouvement.
Les percer.
Les séparer.
Et les faire jaillir dans un nouvel ensemble pour former symboliquement, à l'image des adversaires d'Athéna sidérés devant le regard de la Méduse, un miroir de vérité. Il y a quelque chose de cet ordre là dans mon travail: une sidération qui ne serait ni paralysante ni arrêt de la vie mais arrêt de la parole et de la pensée pour mieux laisser surgir ces images mentales enfouies dans mon cerveau.
Cette série monde résiste à toute tentative d'interprétation univoque. Telle la Méduse, elle agite ses serpents comme autant de pistes de sens: métaphorique, horrifique, esthétique, emblématique, ironique, iconique, elliptique, plastique, métaphysique ou anecdotique.
La rue s'écrase sur mon objectif avec la même virulence qu'Athéna bondit hors du crâne de son père et se retrouve diffractée en un corpus polysémique, complexe et mouvant où s'entrechoquent couleurs et matières, lignes et visages, signifiés et signifiants au sein d'une cartographie mentale dynamique et personnelle.

* «Athena est la fille de Zeus et de Métis, déesse de la raison, de la prudence, de la stratégie militaire et de la sagesse. Ouranos, le Ciel étoilé, prévient Zeus qu'un fils né de Métis lui prendrait son trône (car il est le roi des dieux). Par conséquent, dès qu'il apprend que Métis est enceinte, Zeus prend le parti de l'avaler. Mais quelques mois plus tard, il ressent de terribles maux de tête sur les bords du lac Triton. Il demande alors à Héphaïstos de lui ouvrir le crâne d'un coup de hache, pour le libérer de ce mal: c'est ainsi qu'Athena jaillit, brandissant sa lance et son bouclier, de la tête de Zeus, en poussant un puissant cri de guerre.»
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