The Shelter

Assumant un parti pris à la fois documentaire et plasticien, cette série réalisée dans le plus grand squat illégal de demandeurs d'asile de Lyon, où se sont côtoyés entre septembre 2018 et octobre 2020 jusqu'à 400 jeunes hommes venus exclusivement d'Afrique sub-saharienne, se confronte en creux à la question de l’identité, de la migration et de la représentation.

Dans ce lieu aujourd'hui fermé quelques informations considérées comme clefs cristallisent toutes les tensions: nom, âge, pays d'origine, situation familiale, sociale, médicale, psychique ou administrative. Chaque élément pris indépendamment s’avère complexe; leur addition donne le vertige.

Le «récit de vie», élément central du parcours de tout demandeur d'asile en quête d'un titre de séjour, est appris et répété par les habitants du squat auprès de différents intervenants associatifs et administratifs. Il est jugé, mis en doute, ignoré voire réfuté. La somme des souffrances subies y est sous-pesée avant d'être administrativement validée ou, comme c'est le plus souvent le cas, estimée insuffisante pour l'obtention d'une carte de séjour. J'ai choisi de ne pas accoler ce type de narration à mes photos pour ne pas ajouter une couche supplémentaire à ce mille-feuille insensé.

The Shelter, c'est une accumulation chaotique de couleurs, de formes, de lignes, de matières et de traces, autant d'éléments fragmentaires d'un monde en décomposition. C'est aussi la construction d'un langage visuel que seuls les habitants du squat sont en mesure de déchiffrer dans sa totalité. Ce corpus s'abandonne dans une absurdité plastique anonyme et défait fil après fil le sens d'un monde qui se perd pour mieux évoquer le parcours de vie indicible de ces hommes.