The Shelter
     
The Shelter
Fin janvier 2020, je commence à m'immerger dans le plus grand squat illégal de demandeurs d'asile de Lyon où se côtoient, depuis son ouverture en septembre 2018 dans un ancien collège du quartier de la Croix Rousse, entre 250 et 400 jeunes hommes venus exclusivement d'Afrique sub-saharienne.
Un pacte de non agression tacite s’établit rapidement avec les habitants: ma présence est tolérée si je ne travaille pas sur le vif. Chaque portrait doit être négocié au préalable. Pour certains, leurs situations actuelles et leurs parcours chaotiques jusqu’en Europe via la Libye les a rendus logiquement sensibles à toute forme d’exploitation et de marchandisation de leur corps. D’autres ne souhaitent simplement pas être reconnus, vus, identifiables ou préfèrent garder une sorte de méfiance voire de défiance vis à vis de ma présence et de mes intentions (comme vis à vis de la plupart des photographes/journalistes venus sur place).
C'est un travail en creux que j'engage alors autour de la question de l'identité sur une ligne de crête entre un traitement documentaire réaliste et une photographie plasticienne plus abstraite.
Toutes les tensions se cristallisent autour de ces informations: nom, âge, pays d'origine, parcours, situation familiale, sociale, médicale, psychique, administrative pour les habitants, propriétaires légaux, fonction et occupants pour le collège. Chaque élément pris indépendamment s’avère déjà complexe. Leur addition donne le vertige. Absurdité d’une situation autant inexorable qu’inextricable en l’état actuel des choses.
Le refuge, pour la plupart, c’est ce qu’ils sont venus chercher en Europe. C’est aussi ce collège qui leur a évité la rue malgré une infrastructure totalement inadaptée. C’est enfin le choix assumé d’orienter mon travail vers une abstraction plastique primitive et minimaliste plutôt que de documenter objectivement une réalité dans laquelle je ne fais que passer. Accumulation chaotique de couleurs, de formes, de lignes, de matières et de traces. Radiographie méticuleuse de chaque recoin, de chaque mur, de chaque bâtiment. Portraits de dos se succédant sur des aplats colorés. Autant d’éléments me permettant de donner corps à une autre réalité, de révéler un autre présent, de créer un autre refuge.

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By the end of January 2020, I start immersing myself into Lyon’s largest illegal asylum seeker squat located in a former middle school of the Croix-Rousse district, a building that is now home to between 250 and 400 young men coming exclusively from sub-Saharan Africa.
A tacit non-aggression pact is soon made with the inhabitants: I am tolerated inside on condition that I don’t take candid shots. Each portrait has to be negotiated first. For some, their current situations and their chaotic journeys into Europe via Libya have understandably made them quite sensitive to all forms of exploitation and commodification of their bodies. Others just don’t want to be recognized, seen, identified, or they rather choose to stay on their guards or even to distrust my presence and my intentions (as with most photographers/journalists who came on site).
So I implicitly set out to work on the question of identity on the borderline between a realistic documentary-like treatment and a more abstract plastic photography.
All the tensions centre around that information: name, age, country of origin, journey, family, social, medical, psychological and administrative situation for the inhabitants, legal owners, function and occupants for the middle school. Each element taken separately is already quite complex. Adding them up is mind-boggling. The absurdity of a situation that is as inexorable as it is inextricable in the current state of affairs.
For most of them, the shelter is what they’ve been seeking in Europe. It is also that middle school, which spared them ending up on the streets, even though the building is completely inadequate. Lastly, it is the deliberate choice to focus my work on a primitive and minimalist plastic abstraction, rather than objectively documenting a reality into which I am only passing. A chaotic accumulation of colours, shapes, lines, material, and traces. A meticulous x-ray of each nook, of each wall, of each building. Portraits from behind coming one after another on colourful backdrops. As many elements enabling me to embody another reality, to reveal another present, to give rise to another shelter.
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